L’atelier d’ Alain Ballereau, perché au-dessus des remparts de la ville, à hauteur de vol des ramiers, reçoit une pleine lumière. En contrebas, frémissent les peupleraies sur les bords de Garonne.
Le peintre vous installe, de dos à cette lumière, et commence à déplier des papiers plus grands que lui. Il les accroche sur de grands étendoirs, ou bien les pose à vos pieds, au sol.
Alain Ballereau a une prédilection pour le papier kraft. Les feuilles sont collées l’ une sur l’autre. D’un matériau modeste, il obtient une matière exceptionnelle et solide, qu’il peut plier à volonté.
Tout son travail se fait au sol, en tournant autour. La plupart de ses peintures sont de format carré, souvent de deux mètres sur deux « parce que l’on tient dedans ». Cette contrainte supplémentaire n’est pas fortuite. Le carré est une fascinante perfection hiératique ; il lui autorise toutes les déclinaisons de rythmes de pliages, de reports. Une espèce de danse sauvage avec piétinements, facilite les empreintes fraîches de peinture.
Ses travaux antérieurs sont marqués par une sorte d’ inventaire à la manière de Prévert avec tous ces objets déformés mais identifiables, signes évanescents.
Puis ils s’éparpillent dans les grands damiers à douze cases pour bientôt s’estomper et disparaître, laissant place à l’ampleur, à la respiration de la composition. Récemment, des formes d’arbres se sont imposées, ou plus précisément des troncs, véritables lignes de forces majestueuses sur fonds vibrants.
Dans la poursuite incessante d’une épure progressive et de l’économie de moyens qu’elle appelle, il exerce une vigilance de tous les instants pour garder, toujours, la chair aux choses. Il provoque, épie le hasard, l’apprivoise, l’encourage. Le peintre à ces instants essentiels où se joue la peinture, devient un véritable explorateur, il peint pour s’étonner... « On ne peint pas parce qu’on a quelque chose à exprimer, on peint pour courir la chance de savoir ce qu’on veut exprimer. » (P. Klee)
On est frappé par la production importante du peintre qui chemine et rebondit sur plusieurs formats simultanément, et par son désir de dépasser ses limites.
« En quête de la juste lumière, je m’agite dans l’atelier comme l’abeille contre la vitre. Je lance des bouteilles à la mer ou traverse à la nage, laisse la fenêtre ouverte à la rêverie, au fil des jours. » (A.Ballereau)
(Extraits) René TRUSSES Août 2007