Il n’y a plus de promeneurs mais des randonneurs, dont l’ivresse musculaire se calme le temps d’ une photographie, vite envoyée, vite oubliée. Les bergers ne gardent pas la trace de leur passage : que deviennent ces sensations fugitives, ces brumes lumineuses, ces formes végétales et minérales ?
J’ ai vu des arbres dont les branches, taillées en crayon, noircies au charbon, déposaient la courbe de leur balancement sur des feuilles blanches, ici et la suspendues: Alain Ballereau devient un de ces arbres abandonné au rythme tranquille de ses pensées, maintenant imprimées en formes colorées, où je vois le tableau d’une promenade idéale.
Les peintures d’ Alain Ballereau pourraient être rangées dans cette absence de ressemblance, nommée distraitement abstraction.
A première vue, la matière picturale joue de ses effets sur le support: striures et coulures déposées sur le papier, sur lequel le peintre est penché, font le motif.
Que matières? Que gestes? Que couleurs?
Le propos, dans la succession de ces expériences se concentre dans une lumière tenue à la main: la transparence est le véritable sujet de ces tableaux: mille reflets dans les eaux, vibration des feuilles, personnages étonnés d’être là.
Depuis Kaspar David Friedriech et son double contemplatif, c’est l’échange des regards qui fait l’étrangeté de certains tableaux: le regardeur est regardé: mais par qui ?
Par la nature qui enveloppe le Wanderer?
Par les esprits des îles Marquises dans l’oeil de Gauguin?
Depuis peu, dans les peintures d’Alain Ballereau des formes penchées cheminent, toutes occupées de leur seule présence: aucune inquiétude, juste l’impression que tout peut arriver par l’enfant qui lance les dés: être ici, ou là, dans le jeu du monde.
Au public, maintenant, d’entrer au lieu de leur séjour.