Dans la boulimie permanente de la peinture, Alain Ballereau a engrangé frénétiquement les signes jusqu’à posséder un vocabulaire improbable et renouvelable à l’infini, qu’il peut décliner ou projeter, dans l’urgence de sa pratique, sur les toiles ou sur les draps. A l’opposé d’un système graphique établi, les traces sans cesse renouvelées au pinceau s’inscrivent dans un espace pictural et ne forment pas sens dans leur juxtaposition.
L’invention réside dans cette liberté de l’improvisation du signe et de son étroite cohésion avec la peinture. La profusion n’est pas en surface. Des lavis, des dessins au pinceau, des recouvrements, des rehauts, des transparences ; une vibration sans interruption de la couleur et du geste, stimulée par les signes.
Alain Ballereau ne cède jamais à l’éparpillement ou au remplissage, il structure la lumière pour éviter la confusion, maîtrise son espace par la couleur, la densité ou la rareté de ses formes.
Il n’oppose pas de résistance non plus lorsque certaines de ces formes évoquent une imagerie familière : oiseaux, silhouettes, objets qui apparaissent dans le relâchement total du geste. Il n’hésite pas alors à en reprendre quelques-unes dans ses compositions plus « narratives » de grand format où la peinture se fait plus ample, la lumière plus intérieure.
Cet incessant va-et-vient entre le signe et la peinture évite une quelconque systématisation du procédé ou écriture définitive. Ces règles d’une nouvelle liberté réclament toute la vigilance du peintre, toute sa capacité à remettre en doute cette évidence et innocence retrouvées.